Réflexions sur le Château Laurier

Publié dans le journal Le Droit le 27 juin, 2018

écrit par Tobi Nussbaum

Le Château Laurier a beau être un édifice appartenant à des intérêts privés, depuis les quelque 100 ans qu’il orne notre paysage, il s’est fabriqué une identité très publique en tant que symbole chéri d’Ottawa. Nous avons pu constater l’expression de cet amour dans les commentaires que des milliers de résidents ont formulés sur le rajout proposé et les différentes itérations de conception. Et pour ceux et celles assez vieux pour s’en rappeler, le verso de notre billet de un dollar a déjà témoigné de cet amour.

Même si nous savons qu’aucun rajout ne plaira à tout le monde, il faut prendre en considération la sagesse populaire. Le public a dit que quelque chose cloche dans ce projet. Beaucoup de gens ont dit comprendre qu’un rajout à un édifice patrimonial peut être moderne, et peut-être même qu’il devrait l’être, mais il doit exister une marque de continuité, une relation avec cette structure grandiose qui définit Ottawa et notre capitale nationale.

Ce sentiment exprimé est justement énoncé dans les règles : selon les normes et les lignes directrices applicables, un rajout doit être compatible avec le bâtiment auquel il sera ajouté. 

Que signifie cette compatibilité? 

Les lignes directrices disent : « Il faut trouver le juste milieu entre une simple imitation de la forme existante et un contraste prononcé, tout en s’assurant que l’ajout ou la nouvelle construction respecte la valeur patrimoniale du lieu. » Il faut trouver un juste milieu entre l’imitation et le contraste.

Le rajout proposé satisfait l’exigence de contraste. Maintenant, il faut que le rajout tienne compte de la forme existante, à savoir le Château Laurier lui-même. Il s’agit d’une analyse rationnelle fondée sur des paramètres objectifs, mais le défi mérite d’être exprimé en tenant compte des émotions.

Nous voulons sentir que le rajout reflète l’amour que nous avons pour le Château Laurier : nous avons regardé des couchers de soleil depuis la terrasse Wilfrid, nous avons admiré, assis sur une couverture dans le parc Major Hill, la majesté des édifices tout autour et nous avons roulé à vélo sur les sentiers le long de la rivière surplombée par cette pièce de notre patrimoine aux allures de château romantique. Nous voulons que le rajout respecte sa source et reconnaisse l’histoire, les traditions, les récits et les personnes pour qui le Château Laurier est synonyme d’Ottawa.

Nous avons l’occasion extraordinaire de remplacer un garage de stationnement inesthétique par un rajout à un édifice qui se trouve au cœur même de notre identité civique. Il faut être ouvert à ce nouveau chapitre du Château Laurier raconté par une architecture d’aujourd’hui, et non de 1908 ou de 1928.

Notre objectif ne peut pas être que tout le monde soit d’accord sur toutes les façons d’écrire ce chapitre. Il y aura des éléments de l’histoire, des intrigues et des phrases auxquels chacun réagira différemment. Une ville comme la nôtre, mure et raffinée, doit être réceptive à l’interprétation créative.

Néanmoins, notre ouverture aux changements difficiles ne signifie pas que nous devons nous contenter de quelque chose nous paraissant en deçà des normes qui sont là pour nous guider.

Au lieu de carrément rejeter la demande ou de l’approuver entièrement telle quelle, le Sous-comité du patrimoine bâti a recommandé plus tôt cette semaine que le requérant continue de travailler avec le personnel responsable du patrimoine de la Ville d’Ottawa afin : d’accroître sensiblement l’utilisation du calcaire, de sculpter et de mettre en retrait la façade nord et d’ajouter plus d’éléments architecturaux reliés à la structure actuelle du Château Laurier. Ces trois conditions correspondent aux idées et aux commentaires sur cette version récente du projet partagés par de nombreux résidents et des architectes de différentes régions du pays qui ont pris le temps de nous faire part de leur point de vue.

L’objectif partagé par tous est le respect des normes du patrimoine en place, et l’espoir partagé par tous est que nos descendants aiment l’ajout dans 100 ans autant que nous aimons le Château Laurier tel qu’il est.

L'auteur du texte est Tobi Nussbaum, Conseiller municipal, Rideau-Rockcliffe et Président du sous-comité du patrimoine bâti.

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